Brunain la vache au prêtre.

Publié le par Sire Petit Séb

Pour faire suite à un article ancien ayant pour sujet "Les Fabliaux", je reproduis ici un texte de Jean BODEL. Bonne lecture...

Brunain la vache au prêtre

C'est d'un vilain et de sa femme que je veux vous conter l'histoire. Pour la fête de Notre-Dame, ils allaient prier à l'église. Avant de commencer l'office, le curé vint faire son prône; il dit qu'il était profitable de donner pour l'amour de Dieu et que Dieu au double rendait à qui le faisait de bon coeur.

" -Entends-tu ce que dit le prêtre? fait à sa femme le vilain. Qui pour Dieu donne de bon coeur recevra de Dieu deux fois plus. Nous ne pourrions mieux employer notre vache, si bon te semble, que de la donner au curé. Elle a d'ailleurs si peu de lait."

" -Oui, sire, je veux bien qu'il l'ait, dit-elle, de cette façon."

Ils regagnent donc leur maison, et sans en dire davantage. Le vilain va dans son étable; prenant la vache par la corde, il la présente à son curé. Le prêtre était fin et madré:

" -Beau sire, dit l'autre, mains jointes, pour Dieu je vous donne Blérain."

Il lui mit la corde au poing, et jure qu'elle n'est plus sienne.

" -Ami, tu viens d'agir en sage, répond le curé dom Constant qui toujours est d'humeur à prendre; si tous mes parroissiens étaient aussi avisés que tu l'es, j'aurais du bétail à plenté."

Le vilain prend congé du prêtre qui commande, sans plus tarder, qu'on fasse, pour l'accoutumer, lier la bête du vilain avec Brunain, sa propre vache. Le curé les mène en son clos, les laisse attachées l'une à l'autre. La vache du prêtre se baisse, car elle voulait pâturer. Mais Blérain ne veut l'endurer et tire la corde si fort qu'elle entraîne l'autre dehors et la mène tant par maisons, que chènevières et par prés qu'elle revient enfin chez elle, avec la vache du curé. Le vilain regarde, la voit; il en a grande joie au coeur.

" -Ah! dit-il alors, chère soeur, il est vrai que Dieu donne au double. Blérain revient avec une autre: c'est une belle vache brune. Nous en avons donc deux pour une. Notre étable sera petite!"

Ce fabliau veut nous montrer que fol est qui ne se résigne. Le bien est à qui Dieu le donne et non à celui qui l'enfouit. Nul ne doublera son avoir sans grande chance, pour le moins. C'est par chance que le vilain eut deux vaches, et le prêtre aucune. Tel croit avancer qui recule.

Voilà l'un des fabliaux de Jean BODEL. Si cela vous inspire, faîtes-moi parvenir vos textes!!!

Médiévalement vôtre.

Publié dans Littérature

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Sieglind la dragonne 29/01/2006 21:00

Rude pour laisser un commentaire encore aujourd'hui! Chouette histoire et sans faire preuve de mon athéisme, cela montre bien que les prêtres ne sont pas si détachés que ça des biens terrestres hein (sauf lorsqu'on les en détache hé, hé)Bonne soirée.